Claude Lévêque
Be Contemporary - N°3, summer 2008

ENGLISH VERSION

Timothée Chaillou: Can you tell me about your relationship with the decorative?

Claude Lévêque: I use objects, situations, common things that are like attractive elements, linked to magic. I love the world of entertainment, of theatre, all these ingredients and stereotypes. I turn the stage around, I pervert it by adding elements to it -within my story- that oppose one another and are finally repulsive. People are simultaneously bathed and trapped in this environment. I get a little trapped by the temptation to overdo it myself. I have to restrain myself because I really love everything that is magical, full of light, and all that glitters. Everything that is related to the act of perception fascinates me. As far as the decorative side, the pathos and the use of biographical information are concerned, well we're all doing it. Everyone taps in there, although with very divergent alibis. I do not want to fall into the trashy trap, it's not my style. Moral order always looms behind the violence. I live in a poetic world and I use elements that are universally recognized. Sophie Calle transforms her personal dramas into works of art. I do the same.

TC: What are your influences in the field of literature?

CL: I am close to the poetry of Pasolini. I like Jean Genet, Marguerite Duras or Lyotard. The development of language in relation to time gets him closer to cinema. I'm interested in narration as a vision of space, an evocation. I do not make direct reference to it. What I like is to mix interests, hybrid situations between minimal art and the aesthetics of the funfair.

TC: Can you tell me about your affection for pop music.

CL: I'm interested in it, but it's not the music I listen to every day. Even when ultra kitsch, variety is rich. I think Claude Francois is an extraordinary character. One could say that his image, his music, the unreal side of his character, made him an utterly Warholian character. Some songs by Sylvie Vartan and Adamo are very strong because they are archetypal, they come from the basis of language and expression. They speak to everyone.

TC: Can you tell me about your relationship with minimal art.

CL: I do not revisit minimal art. In this quest for what is essential, minimal art will allow me to pay attention to materials and textures. I'm on my knees before the works of Dan Flavin. All the tension, the elimination of superfluous elements, allows me to outdo and outperform, to be frivolous. At one point, you couldn't say that you were an "artist of emotion," if you did, you were automatically classified as an "artist of sugary sentimentality." As if all that was autobiographical was only worthy to be binned. You had to permanently distance yourself. Because of this type of regulation, many a bombastic artist was born. Emotion is important for me.

VERSION FRANÇAISE

Claude Lévêque s’explique ici sur cinq notions qui traversent sa production :

Timothée Chaillou : Décoratif.

Claude Lévêque : J’utilise des objets, des situations, des lieux communs qui sont des éléments séduisants, liés à la féerie. J’aime l’univers du spectacle, de la démonstration avec tous ces ingrédients et stéréotypes. J’emploie le décor pour le retourner, le pervertir en ajoutant des éléments – à l’intérieur de mon récit – qui s’opposent et créent une répulsion. Les gens sont baignés dans un environnement et en même temps pris au piège. Je suis toujours, un peu pris au piège par la surenchère. Je dois me retenir car j’aime énormément la féérie, la lumière et ce qui scintille. Tout ce qui est lié à la perception m’attire. Sur l’aspect décoratif, le pathos et l’utilisation d’éléments biographiques, je n’ai de leçon à recevoir de personne. Tout le monde tape là-dedans avec des alibis très divergents. Je ne veux pas tomber dans le trash, ce n’est pas mon style. Derrière la violence se profile toujours l’ordre moral. J’ai un univers poétique et j’utilise des éléments universels. Pour Sophie Calle, ses drames se transforment en œuvre d’art, pour moi, c’est pareil.

TC : Nostalgie.

CL : Je suis dans la nostalgie. Ne pas voir le présent et se réfugier dans le passé est régressif. J’aime décaler les situations en réagissant face à une certaine actualité que je métamorphose, pour créer une ambiance hors du temps. Je n’ai pas besoin d’exprimer la réalité pour donner des leçons avec. Ce qui m’intéresse, c’est la réalité du quotidien, d’une situation du monde que je trouve très dure et qui, avec ma métamorphose et cette nostalgie, va créer un décalage et une déstabilisation. On est à la fois dans l’effet de miroir d’une perception de notre réalité, et dans le déplacement nostalgique d’éléments du passé. Ce sont des aspects du langage qui sont risqués.

TC : Littérature.

CL : Je suis proche de la poésie de Pasolini. J’aime Jean Genet, Marguerite Duras ou Lyotard. Ce développement du langage par rapport au temps le rapproche du cinéma. Ce qui m’intéresse dans le récit, c’est la vision de l’espace, de son évocation. Je n’y fais pas référence directement. Ce qui m’intéresse, c’est mixer des situations hybrides entre l’art minimal et l’esthétique de la fête foraine.

TC : Variété.

CL : Elle m’intéresse, mais ce n’est pas la musique que j’écoute tous les jours. Même si elle est ultra kitsch, la variété est riche. Je pense que Claude François est un personnage extraordinaire. Par son image, son entreprise musicale, le côté irréel de son personnage, il est complètement warholien. Certaines chansons de Sylvie Vartan, d’Adamo sont très fortes car archétypées, liées aux bases du langage et de l’expression. Elles parlent à tout le monde.

TC : Art minimal.

CL : Je ne revisite pas l’art minimal. Par cette quête de l’essentiel, l’art minimal va me permettre d’être attentif aux matières et aux textures. Je suis à genoux face aux œuvres de Dan Flavin. Tout ce qui concerne la tension, l’élimination d’éléments superflus me permet aussi d’utiliser la surabondance, la surenchère, la frivolité. À un moment, on ne pouvait pas dire que l’on était un « artiste de l’émotion », sinon on était obligatoirement classé comme « artiste de la sensiblerie ». Comme si tout ce qui était autobiographique était à mettre à la poubelle. Il fallait être dans la distanciation permanente. En réglementant tout cela, beaucoup de pompiers sont nés. Pour moi l’émotion est importante.

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Claude Lévêque
Untitled (Bureau), 2008