François Hebel
Prêt - N°2 2012/2013

Timothée Chaillou : Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

François Hebel : J’ai été nommé directeur des Rencontres d’Arles en 1986, j’y ai exposé une nouvelle génération dont certains ont marqué les années 1980-1990, comme Martin Parr, Nan Goldin ou Annie Leibovitz. De 1987 à 2000 je fus directeur de Magnum Photos Paris et International. En 1993 j’occupais la place de directeur artistique de la Fondation CCF/HSBC et de 2000 à 2001 celle de vice président de Corbis. C’est en 2001 que François Barré, président des Rencontres, me demanda de reprendre la direction du festival.

TC : Quels sont les apports de l’Ecole Nationale Supérieur de la Photographie dans la formation de la photographie de mode et son succès ?

FH : En 2012 les Rencontres ont présenté Grégoire Alexandre pour la deuxième fois. Ancien élève de l’école il est l’un des photographes de studio les plus intéressants de sa génération avec une lumière et une délicatesse très personnelles. Nous avons exposé aussi le fond photographique du musée Galliera géré par une ancienne étudiante de l’Ecole, Sylvie Lecallier, qui a proposé une exposition sur le thème du mannequin - qui a remporté un grand succès. L’Ecole Nationale de la Photographie dispense une formation qui a pour but d’aiguiser l’œil critique et documenté de ses étudiants, plus que de développer uniquement leurs qualités techniques. C’est ce regard qui se mesure à l’histoire de la photographie, qui garantit leur recherche d’exigence quel que soit le domaine où ils exerceront, ce qui inclut la photographie de mode, mais n’en fait pas une spécialité traitée différemment des autres. A l’école comme aux Rencontres nous refusons la sectorisation de la photographie telle que certains « marchés » ont tenté de la présenter dans les 15 dernières années.

TC : Pourriez-vous revenir sur l’édition des Rencontres de la Photographie de 2008, année où Christian Lacroix fut commissaire invité ?

FH : J’ai invité Christian Lacroix car je pensais que, de par son métier, l’amenant à travailler avec différents photographes, il aurait des envies de programmation. Son appétit pour la photo a été bien au-delà de mes espoirs, puisque de la photo de mode au vernaculaire, Christian Lacroix a assumé les deux tiers d’un programme qui a remporté un grand succès, et surpris les experts de la photo qui ne s’attendaient pas à de telles découvertes de la part de quelqu’un de la mode ! Avec l’aide de Christian nous avions la même année demandé à 6 personnalités de la mode d’être les nominateurs du prix Découverte qui propose 15 expositions. Les nominateurs étaient : Caroline Issa et Masoud Golsorkhi, Nathalie Ours, Carla Sozzani, Luis Venegas, et Elisabeth Biondi. Olivier Saillard, à l’époque conservateur de la Mode aux musée des Arts Décoratifs, aujourd’hui Conservateur du Musée de la Mode Galliera à Paris, avait beaucoup apporté à l’édition sous forme d’exposition et de sa performance « Sosies ».

TC : Quelle était la place de la photographie de mode avant l’édition de 2008 ? Quelle est sa place maintenant ?

FH : La même, la photo de mode appartient à l’histoire de la photographie, elle a toujours été présente et le sera toujours à Arles.

TC : L’édition de cette année des Rencontres, célébrait les 30 ans de l’ENSPA sous le titre « Une Ecole Française ». Au delà de la photographie de mode existe-t-il une spécificité française dans la photographie, une French Touch, comme on a pu qualifier l’école allemande (Ecole de Düsseldorf) ?

FH : Cette French Touch ne se traduit pas par un dogme, comme dans d’autres écoles, mais par une culture photographique très solide et une approche critique ambitieuse. La photographie française s’étend souvent vers la projection, l’installation, le dialogue entre l’art et le vernaculaire… Elle est extrêmement diversifiée, ce qui rend difficile de la résumer, raison pour laquelle nous en avons fait tout un festival !

TC : Depuis votre arrivée à la direction des Rencontres quelles sont les autres initiatives, au niveau mondial, qui vous ont inspirées ? Y a t-il un équivalent des Rencontres dans le monde ?

FH : Il y a beaucoup de bons festivals de photographie dans le monde. Les Rencontres sont uniques car leur programme n’est pas marchand et les travaux des photographes sont présentés dans des espaces spécifiques, généralement dans des sites patrimoniaux mis en scène. Elles se passent dans une petite ville, et non une capitale, où l’on vient pour s’immerger dans la photographie, pour y voir chaque année entre 10 et 20 commissaires internationaux, chaque fois différents, réaliser leur programme. Les Rencontres ont un véritable succès public (avec plus de 80 000 personnes qui font le voyage à Arles). La semaine d’ouverture des Rencontres est un rendez-vous incontournable pour les professionnels, qu’ils soient conservateurs, éditeurs, galeristes, collectionneurs, picture editors… Les soirées du théâtre antique n’ont pas d’équivalents (2500 personnes sous les étoiles) et cela est aussi unique au monde.

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P. Beaudemont, 2012
Francois Hebel