Olivier Mosset
Archistorm - N°39, November/December 2009

Timothée Chaillou : Qu’en est-il de votre collection, de vos derniers achats et de vos donations ?

Olivier Mosset : Parce qu’un marchand, John Gibson, m’a proposé de prendre des oeuvres à la place d’argent qu’il me devait, on a commencé cette “collection”. Ensuite, il y a des pièces qui proviennent d’échanges et d’autres que j’ai tout simplement achetées, mais je ne sais pas s’il y a une ligne directrice dans ma collection. Forcement, il s’agit de travaux conçus à un certain moment, réalisés dans des lieux particuliers et principalement, des oeuvres dont je connais les auteurs. Je n’ai pas de Jasper Johns ou de Kenneth Noland. Enfin, je suis heureux d’avoir un “Basket” de Cady Noland et ce poster (Attica Defense Fund) de Frank Stella. J’ai également une “vache” de Warhol.
J’ai hérité d’une ferme dans la région de la Chaux de Fonds. J’étais ami avec le conservateur du musée de la ville (Edmond Charrière), qui n’avait pas vraiment un énorme budget d’achats. Au début, il s’agissait d’un dépôt puis c’est devenu une donation au moment du départ de ce conservateur. J’ai donné aussi quelque chose au Consortium (un Joan Wallace) et au Musée d’art contemporain de Lyon (un Hugo Pernet). En ce qui concerne des dons ou des achats récents, en général plutôt monochromes, une table de Klein par exemple, mais j’ai également une superbe toile de Peter Young de 65. Je pense que tout cela va finir dans un nouveau musée à Tucson, Arizona (Tucson Moca) que des amis sont en train de mettre en place. À dire vrai, je ne crois pas tellement à la propriété individuelle et si des oeuvres existent, il me semble logique qu’elles finissent dans des institutions.

TC : Y a-t-il une prépondérance de "l’abstraction suisse" dans votre collection ?

OM : “L’abstraction suisse” si une telle chose existe n’est pas prépondérante. J’ai des sérigraphies d’artistes “historiques” je suppose, Lohse, Bill, Graeser, même Glarner, puisque j’ai travaillé avec un éditeur (Media) qui avait ce matériel. Ensuite, j’ai de la sympathie pour une nouvelle génération qui s’est intéressée à l’abstraction, pour d’ailleurs la subvertir parfois (Baudevin, Robert-Tissot) – je ne sais pas si on peut mettre John Armleder dans cette catégorie. Il y a aussi des abstraits australiens (Nixon, Jenkins, Gruner) et d’autres qui travaillent à New York (Tremblay, Walsh, Uglow).

TC : L’une des parties de l’exposition s’intitule « citations, emprunts et copies ». Quelle est votre motivation à l’achat d’appropriations, incluant celles de votre propre production ?

OM : En effet, j’ai quelques travaux qui font explicitement référence à ce que j’ai pu faire et qui sont soit des choses qu’on m’a donné, soit des achats. Évidemment, je n’ai pas inventé le cercle, mais apparemment cette histoire intéresse ou en amuse quelques-uns.
Quant a l’appropriation, j’ai deux Sherrie Levine, cela m’a paru quelque chose qui nous obligeait à réfléchir sur notre propre pratique. D’ailleurs, et je pense cela en rapport avec cette idée de “collection”, l’art c’est les autres. L’art, c’est ce que font les autres. De toute façon, les choses ne tombent pas du ciel. On travaille parce que d’autres ont travaillé avant nous et parce que d’autres travaillent à côté de nous. Mais, dans un rapport inverse, il me semble qu’aujourd’hui, ma propre pratique est devenue plus autonome et plus égoïste. J’ai des problèmes techniques. J’essaie de faire certaines toiles d’une certaine manière. J’ai la chance que quelques marchands ou quelques conservateurs s’intéressent toujours à ce que je peux faire. A l’age de la retraite, cela me permet de continuer.

TC : Le titre de l’exposition est « Portrait de l’artiste en motocycliste ». Pourriez-vous nous parler de votre rapport à Indian Larry, à l’esthétique des bikers.

OM : J’ai fait une “sculpture”, qui a été montrée en Suisse (Motiers, St. Gall) et a Châlon, qui est une moto, un “chopper”, monté avec un ami avec des pièces qu’on avait trouvé par là. Indian Larry a créé ou customisé des motos assez exceptionnelles. Lors d’une conversation, je lui avais demandé si cela l’amuserait de montrer ses motos dans une galerie à Manhattan. ”Why not” a-t-il dû dire. Après son accident, j’ai parlé de cela à ceux qui continuaient son travail (Indian Larry Legacy) et on l’a fait (Spencer Brownstone Gallery, 2007). J’ai d’ailleurs une moto (Vincent) qui a appartenu à Steve McQueen. Mais les pièces que j’ai, en trois dimensions, sont plus souvent des objets que des sculptures, le siège de “diner” (Diner Booth) de John Armleder, des boîtes de films d’Ange Leccia (Arrangement) ou la première pièce qu’a fait Sylvie Fleury, des shopping bags (Egoiste), par exemple. Enfin, j’ai deux petits Carl André qui sont peut-être un retour de la troisième dimension vers la deuxième, mais qui sont certainement de petites sculptures.

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