Claude Lévêque
Essay for the exhibition Welcome to Suicide Park, Kamel Mennour Gallery, January 31/March 15, 2008

ENGLISH VERSION

«I had to put up some kind of a fight.» The Rolling Stones – Honky Tonk Women

A park. A place of initiation; ideal; somewhere to come and finish your days. A place to isolate yourself, to invent a world no longer crippled by the quest for normalisation and rationality. A place to withdraw to.

An exhibition serves to translate, to adapt a scenario, guaranteeing not only its result but also the procedure itself. It is a perpetual and permanent elaboration, an on-going space, to be traversed in all senses. In this process, in order to obtain an infinite narrative, each work becomes a clue. It becomes an investigation, based not on pragmatic or rational notions, but, quite the opposite, on the immersive virtues of fiction, its meaninglessness and its own space- time and mental rules.
Using the works and their layout, the exhibition gives birth to a layer of fiction, a landscape of events, whereby new systems of discourse are produced. It becomes a toolbox that allows the formation of a space full of connections, a "sentient chain" that is made up of multiple links composed of the images, their shapes and their contextual environment.
The exhibition space is either a trap or a protection; a place of surveillance and dissimulation that enables us to escape, to move beyond the reach of repression. It is a form of heteropia, a real counter-space but outside all space, at once removed from – and within – the world, which it allows us to perceive without having to fear it. Here, then, we may carve out our niche, in harmony with our individuality and desires.
Fiction hunts down reality and uses it for its own ends. For any event or exhibition, there is a pre-existing vocabulary, there are pre-existing possibilities and fragments of a story. To cling to this moment is to verify certain hypotheses amidst a journey.

“Western man prefers shock emotions – the realm of shouting – to contemplative emotions – the realm of sighing. He needs to be rocked by upheavals, deafened by hysterical activity, astonished by new and powerful impressions”. Michel Lacroix, Le culte de l'émotion [The cult of emotion]

Claude Lévêque’s work examines the impact produced by emotions and allegorical situations. He sets out to create superficiality with a formal, highly economical language. He defines the characteristics of ephemerality, the delusion of an existence, thereby expressing how fragile reality is once one understands its seduction. Here, melancholia is a way of capturing time, because to reach the end is also to be faced with eternity. We are confronted with moments both of anxiety and constraint; mirror images that provoke a sensorial set of circumstances. The artist plays with dynamic, unstable forces in an uncompromising release of the imaginary. We pass from seduction to repulsion and find ourselves in a destabilizing situation, in a tragic and luminous landscape. Instead of the dominance of biography, we have a game with its own personal history. Through shared places, Lévêque likes to produce metaphors – transformations that scrutinize a snapshot of life. Using archetypes for their immediate recognisability, he arranges them like the pieces of a film set in order to create a popular otherness: a dizzying array of images removed from reality; a tracking shot showing a work of fiction in progress in a zone of reactivity.

NO FUTURE vs. YES TO ALL

VERSION FRANÇAISE

«I had to put up some kind of a fight.» The Rolling Stones – Honky Tonk Women

Un parc, un lieu initiatique, idéal où l’on peut venir finir sa vie. S’isoler, inventer un monde qui arrête de trébucher sur la normalisation et la rationalité. Se retirer.

Une exposition traduit et adapte un scénario dont elle est garante du résultat autant que de la procédure. C’est une perpétuelle et permanente élaboration, comme un on-going-space, à parcourir en tout sens. Dans ce processus et pour obtenir une narration infinie, chaque œuvre devient un indice. Fonder une enquête, non pas sur des notions pragmatiques ou rationnelles mais bien au contraire sur les vertus immersives de la fiction, de ses non-sens et de ses propres règles spatio-temporelles et mentales. L’exposition fait naître, grâce aux œuvres et à leur agencement, une nappe de fiction, un paysage d’évènements produisant de nouveaux systèmes discursifs. Elle devient une boîte à outils permettant la formation d’un espace de connections, une « chaine sensible », faites de liens multiples qui se constituent entre les images, les formes et leurs climats contextuels. L’espace d’exposition est un piège ou une protection. Un lieu de surveillance et de dissimulation pour s’éloigner, être au-dehors d’une répression. Une hétérotopie, un contre espace réels mais hors de tous les lieux, ôté et à l’intérieur du monde. Appréhender le monde sans avoir à le craindre. Faire son coin, conforme à sa singularité et à ses désirs.
La fiction prend en chasse le réel et en fait usage. A un événement, une exposition, préexiste un vocabulaire, des possibles et des fragments de récit. Prendre en marche ce moment, c’est vérifier quelques hypothèses sur un parcours.

« L’homme occidental préfère l’émotion choc, qui est de l’ordre du cri, à l’émotion contemplation, qui est de l’ordre du soupir. Il a besoin d’être secoué par des commotions, étourdi par des activités hystériformes, étonné par des impressions inédites et puissantes. »
Michel Lacroix, Le culte de l’émotion

Le travail de Claude Lévêque pose un regard sur les impacts produits par l’émotion, par les situations allégoriques. Il crée des vanités avec un langage formel très économe. Désignant le caractère éphémère, le leurre d’une existence, exprimant la fragilité du réel quand on saisit sa séduction. La mélancolie serait ici la maniére de saisir le temps, car la fin, c’est aussi se mettre face à l’éternel. Ce sont des moments d’inquiétude, de contraintes, des effets miroir provoquant des situations d’ordre sensorielles. Jouer avec des forces dynamiques instables dans un déclenchement sans compromis de l’imaginaire. Passer de la séduction à la répulsion pour être en situation de déstabilisation, dans un paysage tragique et lumineux. Pas de domination du biographique mais un jeu avec une histoire personnelle. Il aime produire des métaphores, des métamorphoses sur le constat d’un moment de vie, à travers des lieux communs. Utilisant des archétypes pour leur reconnaissance immédiate, il les agence comme les éléments d’un décor cinématographique pour former une altérité populaire. Vertige d’images déréalisées.
Un travelling sur une fiction in progress dans une zone de réactivité.

NO FUTURE vs. YES TO ALL

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