Vincent Olinet
Un 178 juillet at Palais de Tokyo, December 14-15, 2012

Timothée Chaillou : Pour célébrer les fêtes de fin d’année, nous t’avons invité à décorer un grand sapin qui se tiendra dans le hall d’entrée du Palais de Tokyo. Tu as tout de suite accepté. Pourquoi ?

Vincent Olinet : Décorer un sapin est quelque chose de ludique et de magique. Je suis toujours partant pour ce genre d’activité, surtout quand il s’agit d’un grand sapin et d’un contexte différent, comme celui du Palais de Tokyo.

TC : A plusieurs reprises, dans ta production, tu as utilisé des archétypes de l’univers des contes de fées ou de la mythologie (couronne, arche de Noé, etc.). Le sapin est l’un des emblèmes et attributs des fêtes de fin d’année. Ce si grand sapin est tel un immense jouet à la fois séduisant et menaçant. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cet « objet » et le rapport évident que nous entretenons tous avec lui, comme symbole reconnaissable par tous ?

VO : J’aime quand les objets sont clairement rattachés à leur image, flottant dans l’inconscient collectif. Utiliser ces objets est une façon de « parler universelle », et le sapin est, en effet, l’un de ces archétypes. Il permet à la fois d’être compris et de très facilement passer à autre chose, en jouant avec son image, ses codes tout en invitant le spectateur à le penser différemment.

TC : Tu as choisi de le décorer avec des fleurs et des donuts pailletés. Peux-tu nous parler de ce choix décoratif ?

VO : Plutôt que de réutiliser l’indémodable diptyque boules-guirlandes, pourquoi ne pas inventer quelque chose de nouveau ? Quelque chose qui reviendrait à l’essence de la décoration d’un sapin de Noël, quand les premiers sapins décorés matérialisaient et rejouaient une nature abondante et luxuriante au cœur de l’hiver.

TC : Les éléments de décoration sont des denrées périssables. Cela évoque ta série de photographies d’aquariums, Je ne peux pas faire de miracle, débutée en 2007.

VO : Ce sont des natures mortes. J’immerge des fleurs, des fruits, des éléments végétaux qui vont pourrir dans l’eau d’un aquarium. Ensuite j’attends quelques heures, ou quelques jours, pour photographier cette scène. Il y a une énorme fragilité dans les éléments qui constituent ces compositions. Ces objets appartiennent à un monde parallèle, un monde englouti, avec tout son vocabulaire. Je m’inspire de la tradition de la peinture de vanités. Ce sont des photographies très sombres avec un cadre tout aussi sombre permettant à ces photographies d’avoir une qualité d’objet. C’est une vision onirique d’un paysage qui n’existe pas.

TC : Ce sapin et ses décorations sont tel une vanité dont la fin de vie à lieu lors du renouvellement de l’année. Qu’est-ce qui t’intéresse dans les vanités ?

VO : La vanité est un écho à ce qui ne durera pas, à ce qui est périssable, et in fine à notre propre disparition. C’est un cycle normal dans la nature et il est important de s’en souvenir dans nos civilisations qui se sentent immortelles. Le rite du sapin de Noël rejoue ça quelque part. L’hiver ne durera pas, la nature reviendra avec quelque chose de neuf. En attendant ce retour, continuons de nous extasier et d’être fascinés par cet arbre dressé, complètement totémisé et artificialisé, qui nous fera tenir l’hiver et qui est profondément humain.

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