Didier Marcel – sommes-nous l’élégance
MAMVP, Paris
Artpress - N°373, December 2010

ENGLISH VERSION

This exhibition begins in the room with Raoul Dufy’s La Fée Electricité. Ther, the white replica of the trunk of a plane tree-like the monstrous torso of an anthropomorphic figure-sits on fragile metal bases, simultaneously accentuating the idea of fragmentation (a piece of a tree) and that of the elevation of a massive object. The visit upstairs starts with a model with the motif of the colored layers of earth from Malevitch’s Charge of the Red Cavalry (1928-32), with horsemen galloping on a hilltop, like a landscape for the staging of a red mural Labour of which nothing remains of the riders but “a scarlet, incandescent horizon.”[1]

In the catalogue, Bruno Dumont emphasizes that for his Labours, Didier Marcel “takes earth out of its natural context and abstracts it to make it an almost absolute representation (…) He exacerbates man’s alomost loving and natural relationship with the earth.” This earth is seen, sampled and modeled. An earth that is the territory of raw material, gravity and common sense. The Labours are monochromes conveying the hyperrealism of the earth, like a piece of the earth’s crust, its peel. A painting of a relief, a landscape-scale motif. A portrait of a lanscape. A “fragment that, when arranged, becomes a metaphor for modeling and sculpture.”

Then visitors enter a hall where they walk along the mesh wall of a TGV platform, pas a pile of logs and faux stone blacks, and after a few of these rocks, on the ground, wrinkled black pieces of paper that look like crows or discarded stains. This is a site “of the convergence of the speeds” at which a landscape will be crossed: a railroad track, a highway, a path through the forest’s inertia. Even if these lines are not perspective lines, there is an insistence here on the way a tracking shot frames “the skimmed borders.” Further on , around the corner, are four trunks of white trees (black pine, spruce, cedar and American black walnut) set on little black wheels that punctuate and share the curving of the space into two galleries like the pillars of “a Romanesque church or the peristyle of a temple.” Facing them, the model of a 1970s administrative building under demolition placed on a platter-an altar)and a little white sheep with a black-cross head. The arrangement of these elements simultaneously accentuates the religious dimension of the ensemble and their relationships of scale, their measurements. The techniques used to manufacture these trees-molding and flocking-ennobles them and thus allows them to lose their reality. The interlacing of the bark underlines the idea of decoration, of repeated morifs and ornament, while the wheels allow these replicas to become “pieces of furniture”, since “ornamentation is the lure that allows these objects to enter into a living room.”

The last room is like a clearing in the woods at twilight. In a faintly yellowish light are sawhorses and iron structures that seem incandescent, as if arborescences were grafted onto them, or as if forests were being born on these animal silhouette.

Are these chimeras us?

(Translation, L-S Torgoff)

[1] Unless otherwise mentioned, all citations are from an interview with Didier Marcel.

VERSION FRANÇAISE

Cela commence dans le décor de La Fée Electricité de Raoul Dufy où la réplique blanche d’un tronc de platane – telle une figure anthropomorphe d’un torse monstrueux – est posée sur de fragiles piétements métalliques, accentuant à la fois l’idée de fragmentation (portion d’arbre) et de mise en élévation d’un objet massif.

A l’étage, une moquette (au motif des couches de terres colorées de La charge de la cavalerie rouge (1928/1932) de Malevtich au sommet desquelles galopent des cavaliers) amorce le parcours du visiteur, tel un paysage filaire mettant en scène un Labour mural rouge dont ne subsisterait des cavaliers qu’un « horizon écarlate, incandescent »[1].

Bruno Dumont souligne que pour ses Labours, Didier Marcel « retire la terre de son cadre naturel, en fait une abstraction pour en donner une représentation quasi absolue. (…) Il exacerbe une relation quasiment amoureuse et naturelle que l’homme a avec la terre. » (catalogue de l’exposiiton) Il est question d’une terre regardée, prélevée et moulée. Une terre qui est le territoire de la matière primaire, de la gravité et du sens commun. Les Labours sont des monochromes exprimant l’hyperréalisme de la terre, comme un morceau de croûte terrestre, une écorce. Une peinture d’un relief, d’un motif à l’échelle du paysage. Un portait de paysage. Un « fragment, qui arrangé, devient une métaphore du modelage et de la sculpture. »

Puis, l’on entre dans une salle où nous marchons le long d’un grillage de voie de TGV, d’un tas de bûches, de faux blocs de pierre, et, au détour de quelques-uns de ces rochers, au sol, des papiers noirs froissés tels des corbeaux ou des taches jetées. C’est un lieu de « convergences des vitesses » par lesquelles un paysage serait traversé : voie de chemin de fer, route, sentier dans l’inertie de la forêt. Même si ces lignes ne sont pas des lignes de fuite, il y a ici, une insistance sur le cadrage qu’opère un travelling face à des « lisières qui s’effleurent ».

Plus loin, au tournant, quatre troncs d’arbres blancs (pin noir, épicéa, cèdre et noyer noir d’Amérique) sur petites roulettes noires rythment et partagent la courbe de l’espace en deux galeries comme les piliers d’une « nef d’église romane ou le péristyle d’un temple ». Face à elles, une maquette d’un bâtiment administratif des années 1970 en destruction posé sur un plateau – un autel –, ainsi qu’un petit mouton blanc à tête en croix noire. L’agencement de ces éléments accentue à la fois la dimension religieuse de l’ensemble et leurs rapports d’échelles, leurs mesures.

La facture de fabrication de ces arbres – modelage et flocage – leurs permettent de perdre de leur évidence, de leur réalité par ennoblissement. Les entrelacs de l’écorce insistent sur l’idée de parure, de motif répété et d’ornement tandis que leurs roulettes autorisent ces répliques à devenir des « pièces d’ameublement » - car « l’ornement est ce leurre qui autorise ces objets à entrer dans un salon ».

La dernière salle est à l’image d’une clairière au crépuscule : dans une lumière faiblement jaune, des tréteaux et des structures de fer sont comme en incandescence, comme si des arborescences s’y greffaient ou comme si des bois naissaient sur ces silhouettes si animales.

Sommes-nous ces chimères ?

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