Olivier Blanckart
Musée des Beaux-Arts, Dole
Artpress - N°384, novembre 2011

ENGLISH VERSION

This show offers an overview of Olivier Blanckart’s artistic development since his début in the 1990s. It begins with a set of portraits and self-portraits, but then Blanckart’s image are not about resemblance. When he makes his wife up as Frida Kahlo, or disguises himself as Qaddafi or Sartre, making no secret of the make-up, wigs and adhesive tape that go into the effort, he is “playing on the image” of these famous figures, probing at “the iconic effect of images, the worship of images,” at people who freeze their appearance, those “artisans of their own image who go so far as freeze themselves within hieratic canons.” Blanckart “dismanties” the iconophilia that his models set up by reproducing some of their postures as if they were masks.
Next comes a series of “quasi-objects.” Made outside ‘office hours” (evenings and weekends), these “little works” question the status of the object made as a pastime. They are miniature sculptures whch sometimes contain a functional element like boxing gloves are flip-flops. The images are reinterpreted using duct tape or kraft paper-packing materials: “The packaging is the lost part of the commodity. The adhesive tape is a metaphor for the commercial contamination of contemporary society and its blind violence.” With these materials Blanckart cobbles together leftovers. And from these small-scale objects we move on to sculptures on a human scale, presented either singly or in groups. This is where Blanckart reaches cruiseing speed, with an amplified narrative form-“One shouldn’t be afraid of an artwork’s visual power,” he says “An artist re-presents something that struck him.” Precarious and paltry yet baroque, these works are simple and approximate yet expressive.
Blanckart’s sculptures are the echo of “hard” events, affects and expressions, excluding any kind of indulgence in suffering and ostentation. Always fragile, these impoverished representations are as frail as the lives that they describe. There is in these scenes and figures an “active pessimism” that forces the viewer to react to their themes of compassion, revolt, emancipation and the acceptance of difference. Blanckart does not document or whip up morbid curiosity: rather, he generates mirror effects. For what is the point of testimony when we are already assailed by so many horrible images? “My work is realistic insofar as the technique I have invented confers a lot of realism on the figures. But, at the same time they are completely grotesque, unreal and false.”

VERSION FRANÇAISE

Cette exposition est l’occasion parfaite pour saisir, dans son ensemble, le développement de la production d’Olivier Blanckart depuis ses débuts dans les années 1990. L’exposition démarre avec ses portraits et autoportraits. Sans être tout à fait du travestissement, il grime sa femme en Frida Kahlo, lui même en Kadhafi ou en Sartre, dans des portraits qui ne cachent pas leurs artifices (maquillage, perruque, scotch…), puisque le « but de ces images n’est pas la ressemblance ». Il « joue l’image » de ces personnalités et s’intéresse « aux images et aux effets d’icônes, à l’iconolâtrie » ; aux gens qui figent leur apparence ; aux « artisans de leur propre image publique jusqu'à se figer en canons hiératiques ». Il ne critique pas ses modèles vis-à-vis de leurs œuvres, de leur vie privée ou publique, mais il « désosse » l’iconolâtrie qu’ils mettent en place en reproduisant certains schémas de représentation, de postures, comme autant de masques.
Ensuite, est présenté un ensemble de « quasi-objets ». Réalisés le soir ou le weekend, ces œuvres nous permettent d’interroger le statut de l’objet fabriqué comme passe-temps - ces « petites œuvres » faites par des amateurs pendant leur temps libre à destination privée. Ce sont de petites sculptures, possédant parfois une « entité fonctionnelle », des gants de boxe, des tongs, etc. Des images réinterprétées faites de scotch et de kraft, des matériaux qui servent habituellement comme emballage : « L’emballage est la part perdue de la marchandise. Le scotch est une métaphore de la contamination marchande de la société contemporaine et de sa violence aveugle ». Avec ces matériaux, Olivier Blanckart bricole pour « accommoder les restes ».
De ces petits objets, nous passons à des sculptures de tailles humaines mises en scènes, en groupes ou esseulées. C’est ici que la production d’Olivier Blanckart trouve son aisance, une forme narrative amplifiée, lui permettant de dire qu’ « il ne faut pas avoir peur de la force visuelle d’une œuvre. Un artiste re-présente ce qui s’impose à lui ». Des œuvres précaires et dérisoires mais baroques, des figures simples et approximatives mais expressives.
Les sculptures d’Olivier Blanckart sont l’écho d’événements, d’affects et d’expressions « durs » sans qu’il ne tombe dans une complaisance doloriste ostentatoire. Toujours fragiles, ces représentations appauvries, sont aussi frêles que les vies qu’elles décrivent. Il y a dans ces scènes et figures un « pessimisme actif » qui inquiète le spectateur sur des sujets communément humains, allant de la compassion à la révolte, de l’émancipation de toute forme de servitude à l’acceptation des différences.
En reproduisant, en sculpture, les sujets de ces scènes il ne documente pas, ni n’attise une curiosité morbide ; il génère des effets de miroir car, à quoi sert le témoignage quand tant d’images horribles nous assaillent ? « Mon travail est réaliste dans la mesure où la technique que j'ai inventée confère beaucoup de réalisme aux figures. Mais en même temps, elles sont complètement grotesques, irréelles et fausses ».

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Olivier Blanckart
Les femmes déviolées, 2004