Paul Graham – A shimmer of possibility
MoMA, New York
Standard - April/June 2009

L’exposition du MoMA se compose de 7 séries de photographies et 2 images isolées. Dans New Orleans 2004 Woman Eating, une femme au visage inquiet et aux cheveux orange mange de la viande à main nue devant un parking, à ses pieds ses déchets, les restes de son repas. Puis, les mains graisseuses, elle fume une cigarette, les joues creusées par son inspiration. Dans Pittsburgh 2004, un homme tond une pelouse près d’un parking dans une vallée de banlieue, jusqu’à ce qu’une légère pluie vienne faire scintiller les rayons d’un soleil couchant. Dans California 2005 , une jeune fille joue sur un trottoir avec son château de plastique et son éventail à plumes roses tout en prenant son goûter dans cette fin de journée orangée. Sous ces images, un clochard range ses affaires près d’une poubelle de fast-food. Dans Las Vegas 2005, un homme grisonnant fume une cigarette contre un pan de mur gris, à ses pieds un tas de linge sale abandonné…

Depuis 2004, Paul Graham traverse les Etats-Unis d’Amérique pour en documenter la vie quotidienne, celle des exclus et des démunis. Des images simples, des gestes habituels photographiés avec délicatesse – cette forme de douceur tente de dépasser la violence de la précarité des sujets représentés. À la suite de Robert Frank ou Walker Evans, Paul Graham documente les aspects triviaux de la vie américaine et les conséquences des disparités économiques. Il imagine une chronique du trottoir américain, au ras des gens. Des portraits élémentaires devenus inhabituels par cette « attention consciente », comme le note Stephen Shore, puisqu’il « s’agit d’un état où l’on considère le monde avec une conscience aiguisée. » Paul Graham présente des activités vécues comme des non-activités (manger rapidement, fumer une cigarette, attendre, jouer, s’ennuyer…), des errances communes et quotidiennes qui, dans leur simplicité, fondent notre rapport premier au monde. On pense alors au « qu’est ce que je peux faire, j’sais pas quoi faire » chantonné par Anna Karina dans Pierrot le fou.

Dans leur agencement, chaque série est le scintillement d’une possibilité de récits courts, éparpillés par morceaux, comme si elles étaient des « fragmentations reliées par un impact immédiat et visuel. Une sensation de vitesse comme si on voyait ces images d’un train filant à vive allure » écrivait William Burroughs dans Les garçons sauvages. Toutes ces images se lient les unes aux autres par la formation d’une séquence, d’un montage de 4, 5 ou 6 clichés comme un « haïku filmique ». Elles s’organisent dans une rythmique d’histoires n’ayant ni début ni fin : « La photographie a un caractère définitif. Je voulais introduire de l’inachevé », dit Paul Graham.

http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/81_paul-graham-pittsburg-man-cutting-grass-2004.jpg
Paul Graham
Pittsburg (man cutting grass), 2004
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/81_paul-graham-new-orleans-woman-eating-2004.jpg
Paul Graham
New Orleans (woman eating), 2004