Raphaël Zarka
Motive Gallery, FIAC 2009, Paris
Technikart - Hors-série Art contemporain, October 2009

Au sol, une forme telle un mouvement figé, une dynamique. Cette Forme à clés est l’agrandissement d’un polyèdre créé à partir de trente-six clés de châssis. Une « forme déductive », « liée à l’utilisation d’un système modulaire » pour formaliser une perfection mathématique. C’est une réplique d’un volume géométrique dont l’histoire prend appui sur des objets trouvés dans les oeuvres de Jacopo da Barbari, de Dürer, de Joseph Sima ou les traités de perspective. Utiliser ces formes, c’est utiliser l’histoire de ces formes, l’histoire des courbes, des figures régulières et des recherches sur les formes idéales. Simple, cet objet montre que Raphaël Zarka apprécie l’approche du vocabulaire formel de l’art minimal, mais pour s’en détacher : « Il s’agit plutôt d’un travail de représentation d’après modèle, somme toute classique, si ce n’est qu’il fait des liens, désigne des coïncidences formelles, joue sur des isomorphismes entre art, science, culture et industrie. »

Au mur, des photographies. Ces images furent réalisées pendant le tournage de Rhombus sectus (2009) dans lequel Raphaël Zarka filme la bibliothèque de Minsk, qui est le plus grand rhombicuboctaèdre au monde. Cette forme géométrique est un solide d’Archimède à huit faces triangulaire et dix-huit faces carrées, un polyèdre à la symétrie octaédrique. Un travail documentaire ? « Mon passage par la photographie me fait considérer ma production d’objets comme de la sculpture documentaire. Formellement, mes sculptures sont proches de la branche de l’abstraction qui va du constructivisme à l’art minimal. Pourtant, elles ne procèdent pas d’une pensée de la forme comme langage autonome. Les sculptures que j’ai produites jusqu’ici ne sont jamais abstraites. Elles traitent d’objets en particulier, ce ne sont pas de simples copies. »

En utilisant ces formes géométriques, Raphaël Zarka accentue le fait que pour lui tout ce qui nous entoure ne peut être perçu que culturellement, que tout événement ou objet a un caractère multi temporel, renvoyant à du révolu, de l’actuel et du futur simultanément. Utiliser le passé, son histoire, c’est remettre en jeu des matériaux, des formes qui restent actuelles et en activité. « Ce qui m’intéresse particulièrement dans la Renaissance, c’est la porosité entre les différents domaines du savoir et des techniques. La perspective, cet incroyable effort de rationalisation pour représenter le monde, concernait aussi bien les peintres, les sculpteurs, les architectes, que les mathématiciens, les médecins ou les botanistes… Les espaces construits dans les perspectives les plus strictes du Quattrocento correspondent à mon goût pour l’abstraction géométrique. (…) Je serais même tenté de dire, en prenant l’histoire de l’art à rebours, que la perspective classique est ici une extension de l’abstraction géométrique. »

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Raphael Zarka
Rhombus Sectus, 2009
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/80_raphael-zarka-forme-a-cles-2009.jpg
Raphael Zarka
Forme a cles, 2009