Ryan Gander - The Happy Prince / Intervals: Ryan Gander
Doris C. Freedman Plaza, New York / Guggenheim Museum, New York
Art Press - N°374, january 2011.

ENGLISH VERSION

“High above the city, on fall column, stood the statue of the Happy Prince. He was gilded all over with thin leaves of fine gold, for eyes he had two bright sapphires, and a large red ruby glowed on his sword-hilt.” But after giving his gold and precious stones to the poor, through the intermediary of a love-struck swallow, the statue turned dull and the authorities pulled it down. Based on this ending of Oscar Wilde’s story “The Happy Prince”, Ryan Gander imagined a ruin sculpture, with the crumbling statue and its column. But this isn’t a relocated ruin, it is a modeled one, like a fake Greco-Roman item used for decoration.

Using a statue designed for a public space in the first place allows this artist to interrogate the specific characteristics of this kind of art. “Usually public art is just a decoration. I like this story because it talks about the value of public art in purely negative terms, as if that value lay only in how it looks. My sculpture, is concerned with a similar idea: I’m interested in the value of an art closely linked to the cause, idea and intention involved, instead of its appearance.” Yet there is an obvious decorative dimension to this melancholy and romantic piece.

For his project at the Guggenheim Museum, Gander was inspired by a disagreement that led to a split between Piet Mondrian and Theo van Doesburg in 1924. Van Doesburg believed that the diagonal line was foundational to abstract art (Essentialism), while Mondrian developed a visual vocabulary reduced to horizontal and vertical lines (Neo-Platicism). Gander imagined this conflict between two dogmatic points of view leading to a violent struggle between the two men. They end up throwing each other out of a stained-glass window in Frank Lloyd Wright’s Taliesin. In a spatial and temporal discontinuity, the debris produced by this accident lands in the Reading Room. Shards of glass are scattered on the floor and a table piled with books about the architect’s lige and work. As Gander clearly explains, “they fell from Frank Lloyd Wright house into the Guggenheim, even though they started fighting in the Café de l’Aubette, from where they were whisked away by a temporal wormhole.” After rebounding from one place to another they ended up here.

On the floor in front of the Reading Room door lies a quarter. As if it had come back from the future, the engraved on it is 25 cents x 100, its inflated Worth in the year 2032–$25; and it is glued to the floor the way that people stick a coin in wet cement to tempt greedy passerby. “This work in the Guggenheim Reading Room references things and people shifted around from one part of the past to another. The coin from the future offsets this idea. The conceptual distance and the difference between these two pieces are important. In installing them, it’s essential to produce a rupture so as to avoid a didactic Reading.” These two pieces that despite their differences are elements of a composition that resists facile associations come together strikingly in the concept of the baroque, since “the construction of the whole proceeds from the intensification of the parts and not only through the subordination of the parts to the ensemble” (Alain Badiou, Cinéma, Nova Editions, 2010).

Translation, L.S. Torgoff

VERSION FRANÇAISE

« Au sommet d’une haute colonne, dominant la ville, se dressait la statue du Prince Heureux. Tout entier recouvert de minces feuilles d’or fin, il avait deux brillants saphirs en guise d’yeux, et à la poignée de son épée brillait un gros rubis rouge. » Mais après avoir offert son or et ses pierres précieuses aux pauvres, par l’intermédiaire d’un martinet amoureux, la statue était devenue terne. On l’abattit car « « n’ayant plus de beauté, le prince n’est plus utile », dit le professeur d’art à l’université. » De cette fin (The Happy Prince, O. Wilde), Ryan Gander imagine une sculpture en ruine, un éboulement de la statue et de sa colonne. Ce n’est pas une ruine transposée, mais son modelage, tel un faux décor antique.

Le fait que cette sculpture soit la métaphore d’une ruine n’indique pas un désamour de Gander pour l’art public, il n’y a pas ici de cynisme. En utilisant une statue déjà imaginée comme publique, cela lui permet de s’interroger sur les spécificités de ce type d’art. « L’art public n’est en général que simple décoration. J’aime cette histoire puisqu’elle parle de la valeur de l’art public en des termes vraiment mauvais, celle-ci n’étant plus qu’uniquement visuelle. Ma sculpture représente une préoccupation similaire à l’ouvrage – celle de la valeur d’un art étroitement liée à la cause, l’idée et l’intention, par opposition à l’apparence. »[1] La part décorative, mélancolique et romantique reste ici, pourtant, manifeste.

Pour son projet au Guggenheim Gander utilise la querelle qui divisa en 1924 Piet Mondrian et Theo van Doesburg. Ces amis et collaborateurs rompent leurs relations en raison de la croyance de Von Doesburg en la ligne diagonale comme élément valable de l’art abstrait (Essentialisme), en conflit avec le langage visuel de Mondrian réduit aux lignes horizontales et verticales (Néo-plasticisme). Gander imagine que cette divergence de points de vue dogmatiques provoqua une lutte violente entre les deux hommes se jetant l’un l’autre depuis une fenêtre de la maison Tallesin de Frank Lloyd Wright. Dans une discontinuité temporelle et spatiale, les débris de cet accident ont atterris dans la bibliothèque du musée : des fragments de vitres sont éparpillés au sol, sur une table, où sont rassemblés des livres sur la vie et l’œuvre de l’architecte. Gander précise qu’« ils sont tombés depuis cette maison de Frank Lloyd Wright dans le Guggenheim, alors que leur dispute avait commencée au Café Aubette d’où ils se sont fait aspirés par une porte temporelle. » Par ricochets, leur transport s’arrête ici.

Au sol, devant la porte de la bibliothèque, un quarter. Comme venu du futur, il est en fait gravé de sa propre valeur augmentée, par 100, telle qu’elle le sera en l’an 2032 : 25 $. Fixe, non par crainte d’un vol, mais comme on colle des pièces sur le trottoir pour tenter l’avidité d’un passant. « Le travail dans la bibliothèque du Guggenheim fait allusion à des choses, et des êtres, en déplacement dans le temps depuis notre passé. La pièce venant du futur, elle compense cette idée. La distance conceptuelle et la différence qui il y a entre ces deux œuvres sont une qualité. Dans l’agencement de ces travaux il est important de créer une rupture afin d’éviter une lecture didactique. » Cet ensemble de deux pièces, qui au sein même de leur différence, s’avèrent être les éléments d’une composition qui résiste à l’association facile, se rejoignent, étonnement, sur la notion de baroque, « c’est-à-dire que la construction du tout se fait à partir d’une intensification des parties, et pas seulement à partir d’une subordination des parties à l’ensemble » (Alain Badiou, Cinéma, Nova Editions, 2010).

[1] Toutes les citations sont issues d’un entretien avec Ryan Gander le 21/10/10.

http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/27_ryan-gander-the-happy-prince.jpg
Ryan Gander
The Happy Prince, 2010
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/27_8intervals---ryan-gander-exhph09.jpg
Ryan Gander
On the subject of..., 2010
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/27_8intervals---ryan-gander-exhph24.jpg
Ryan Gander
We never had a lot of $..., 2010