Annette Kelm
Numéro - N°137, 2012

Que photographie Annette Kelm (née en 1975 à Stuttgart) ? Une branche d’eucalyptus plongée dans un verre d’eau sur un tissu au motif hawaïen, des pochettes de vinyles flottant dans l’air, un perroquet tenu d’une main gantée tel un rapace, la base d’un château de carte sur un fond de tapis de jeu de casino, un cow-boy à cheval tenant un large éventail, une branche sans feuilles ni fleurs plongée dans un petit vase de terre posé sur un bandana jaune...
C’est lors de ses études au Hochschule für bildende Künste de Hamburg qu’Annette Kelm commença à s’intéresser, et à pratiquer, la photographie. Elle avoue l’influence d’Irving Penn, de George Hoyningen-Huene, Cecil Beaton, Roni Horn, Wolfgang Tillmans ou Christopher Williams et s’inscrit dans la lignée de la photographie conceptuelle (celle de Douglas Huebler et de Dan Graham par exemple).
L’aspect photogénique des objets dont Annette Kelm dresse le portrait la rapproche de la photographie de publicité, de mode et de « mise en scène ». L’objet photographié est rendu précieux : un soin particulier lui est apporté, un bon éclairage lui est octroyé, il est agencé dans une composition savamment pensée et sa qualité d’impression est consciencieusement réfléchie. Dans ses mises en scène, « les objets qu’[elle] photographie dans [son] atelier, devant un fond, sont comme des accessoires » - ou tel les figurants d’une scène composée. Son « intention n'est pas de raconter une histoire » pour pouvoir se concentrer sur l’aspect formel de ses compositions en tentant d’en obtenir une grande efficacité visuelle : « l’ardeur d’un photographe est, avant tout, une affirmation de la présence et de la justesse de son sujet », notait Susan Sontag.
Annette Kelm n’utilise que l’analogique et ne retouche pas ses photographies, pour prendre le contre pieds de la facilité du numérique : « La photographie analogique fonctionne toujours pour moi, avoue t-elle. Je peux avoir de l'influence sur tout, de la prise de vue à l'impression, et cela d'une manière très simple. J'aime l'aspect lent qu’induit la pratique photographique en analogique. » Elle photographie parfois en extérieur mais avoue préférer le style et la qualité des photographies de studio : « J’aime pouvoir contrôler la lumière, pouvoir revenir et continuer à travailler sur la composition ou l’objet que je photographie indépendamment des conditions météorologiques. J’aime la phonographie de studio pour les mêmes raisons pour lesquelles elle est utilisée dans la publicité. Je m’intéresse aux codes esthétiques et aux « jeux de mots visuels » qui sont développés dans la domaine de la photographie publicitaire (ou ce qui est communément décrit comme la photographie commerciale). »
Ses photographies ont du panache en étant drôles et parfois grotesques. Elles sont irriguées par une culture visuelle mêlant arts mineurs, artisanat et sujets classiques (comme le portrait ou la nature morte). Ses compositions sont « osées » et leur étrangeté vient de la confusion visuelle et culturelle des assortiments contrastés entre le choix des objets mis en scène et leurs fonds. Il y a en elles une luxuriance visuelle, un lyrisme et une exubérance qui démontre l’intérêt prononcé d’Annette Kelm pour la décoration et le décoratif.

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Annette Kelm
Untitled, 2010