Bruno Serralongue - Sommet Mondial sur la Société de l'Information, Tunis
Catalogue de collection FRAC Franche-Comté, 2011

La première phase du Sommet Mondial sur la Société de l’Information s’est déroulée à Genève du 10 au 12 décembre 2003 puis à Tunis du 16 au 18 novembre 2005. Ces sommets furent organisés par l’Union Internationale des Télécommunications à la demande de l’ONU, pour envisager les principes fondamentaux d’une nouvelle Société de l’Information : « Une société à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement, une société de l'information, dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et le savoir ». Une société dans laquelle le « fossé numérique » qui sépare les pays les plus avancés des autres – en matière d’équipement informatique et de réseau numérique –, se doit d’être réduit. « L’engagement de Tunis pose surtout les bases d’une réforme de la «gouvernance» de l’Internet, vers une gestion internationale. Pour ce faire, une nouvelle institution — le Forum pour la gouvernance de l’Internet (Internet Governance Forum, IGF) — a été fondée. Y siégeront les gouvernements mais aussi des représentants du secteur privé, de la société civile et d’organisations internationales. » [1]

Sommet Mondial sur la Société de l'Information, Tunis (2005) est une série de 13 tirages – indissociables ¬– de cet événement : le complexe de Kram Palexpo, sa zone sécurisée, la cérémonie d’ouverture du sommet, un discours de Yoshio Utsumi, une conférence de presse de Kofi Annan, une conférence des peuples autochtones revendiquant leur droit à intégrer la Société de l'Information, la présentation d’un rapport, un portrait de Joe Shirley Jr (président de la nation Navajo), des stands, une salle de réunion et l’Avenue Mohammed V – ainsi que les personnes peuplant ces images.

Bruno Serralongue photographie des évènements populaires médiatisés par les professionnels de l’information et de l’image. Il se confronte à des manifestations prévues à l’avance, bénéficiant d’un quota d’attention négocié au préalable par des journalistes et leurs rédactions. Il se passe des prérogatives accordées aux professionnels (pas de carte de presse ni d’accréditation), en faisant siens les obstacles et les conditions que rencontrerait n’importe quel individu accédant à un événement. Il n’assiste pas à celui-ci depuis une tribune officielle (endroit d’où la vision est pré-cadrée, ne produisant qu’un certain type d’images) et utilise un matériel considéré (dans ces circonstances) comme inadapté : une chambre photographique excluant toute rapidité d’intervention. Il se permet une distance avec le mode rafale des photojournalistes, une distance physique et critique (du recul) pour quitter le territoire des images générées et gérées par les médias, pour les médias, en circuit fermé. Il a en somme « un véritable intérêt pour l’événement en soi, mais également un intérêt sur la manière dont on le retranscrit. Sur sa mise en forme et sur la distance nécessaire pour le retranscrire. » [2] Une qualité qui permet une émancipation vis-à-vis d’un état de servitude visuelle des images obtenues au travers des filtres des protocoles professionnels, qui ne font que confirmer des préjugés concernant la connaissance et l’expérience d’un événement. Ces images satisfont une opinion préétablie puisque « ces lieux, sont des réservoirs d’images, c’est-à-dire que les images sont déjà faites, déjà formatées, déjà prévues pour être enregistrées. » Bruno Serralongue propose une autre actualité de ces événements pour ne pas les déposséder de certaines de leurs vues.

« Mes photos sont, certes, originales mais, vu l’état d’esprit dans lequel je les réalise – je peux me tromper, je n’ai pas de vérité –, elles mettent entre parenthèses l’idée qu’il n’y a qu’une seule personne qui pourrait les faire. » [3] Ce souhait de se dessaisir des effets d’une signature formelle place Bruno Serralongue (de manière paradoxale) entre une tentative d’impersonnalité — participant a priori au retrait de la subjectivité de l’auteur dans une quête vaine de l’anonymat —, et une approche critique du statut de l’image d’information, obtenue grâce à un protocole de formalisation décalé, émancipé. Ce décalage est cette conscience aiguisée de la mise en scène — et en image — des événements collectifs : « Pour moi la photographie de presse est une image autoritaire. Elle a à voir avec le pouvoir essentiellement. On montre ce que l’on veut montrer de manière unilatérale » [4]. Son protocole lui permet ainsi de développer un régime éthique des images : « Il s’agit dans ce régime de savoir en quoi la manière d’être des images concerne l’ethos, la manière d’être des individus et des collectivités » [5]. Sa production n’adoptant pas les attraits d’un art frontalement politique, ses photographies seraient telles des peintures d’histoire refusant humblement leur mission de propagande : « Mes photographies sont des documents historiques, c’est-à-dire relatifs et ambigus » [6].

[1] Bruno Serralongue, texte accompagnant la série Sommet Mondial sur la Société de l'Information, Tunis, 2005
[2] Bruno Serralongue, Hommes et migrations, N°1263, sept/oct. 2006, p.138
[3] Bruno Serralongue, Hommes et migrations, N°1263, sept/oct. 2006, p.136
[4] Bruno Serralongue, Hommes et migrations, N°1263, sept/oct. 2006, p.137
[5] Jacques Rancière, Partage du sensible, Ed. La Fabrique, 2000, p.28
[6] Bruno Serralongue, Bruno Serralongue, Jeu de Paume, 2010, p.143

http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-200512.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20052.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20053.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20054.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20055.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20056.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20057.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20058.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-20059.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-200510.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-200511.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-2005-1.jpg
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/108_bruno-serralongue-sommet-mondial-sur-la-societe-de-linformation-tunis-200513.jpg