Cyprien Gaillard – Real Remnants of Fictive War
Catalogue de collection du FRAC Franche-Comté, 2010

ENGLISH VERSION

The series Real Remnants of Fictive Wars comprises 6 films that depict billowing clouds of smoke in a series of landscapes, including a suburban area (I), a tunnel (II), a rural landscape (III), a forest in Vietnam (IV), a chateau estate (V) and Spiral Jetty (VI).

For Robert Smithson, the Spiral Jetty site was a post-industrial ruin, a place bound to science-fiction as the remnant of a future equivalent to our antiquity: “The future is the past in reverse.” This spiral brings to mind a temporal loop; Smithson described its form “as a crystallized fragment of a gyroscopic rotation, or as an abstract three-dimensional map”[1] — an immobile cyclone creating a spinning sensation without movement. Cyprien Gaillard uses an illegal activity to “awaken” this horizontal monument in Real Remnants of Fictive Wars VI. “I celebrate this lack of order, and if it’s not there, I produce it. […] I went on the Spiral Jetty and emptied a fire extinguisher I had stolen in Salt Lake City. What I did was an act of vandalism on what has become a national monument. But what you see in the picture that documents the act is the new natural state of the Spiral Jetty, the Spiral in smoke.”[2]

Here, a cloud slowly and progressively takes away a landscape’s physicality as it disfigures and “weakens” it in order to reveal it. This ties in with Smithson’s idea of entropy for the Spiral Jetty, constantly submerged and reappearing from the lake’s pink saline waters. “I do believe the world, and life in all its forms, is ruled by the laws of Entropy. I celebrate this principle of unavoidable decaying, and in some ways I accelerate it.”[3] With their entropic nature, remnants (of the past or an imaginary future) are conceits that attest to the effects of time and found a fanciful form of geography: disfigurement gives expression to a landscape of fragile harmonies. Through entropy, “we gain a clear perception of physical reality free from the general claims of ‘purity’ and ‘idealism’,” wrote Smithson. In this sense, Cyprien Gaillard likes the idea of “land art as vandalism” and the “‘ruinist’ spirit whereby a place needs to be shown destroyed or partially destroyed in order to sublimate it” — “I aim to provide neither spectacle nor entertainment but a dimension that endangers a landscape without reducing it to the level of anecdote.”[4]

Cyprien Gaillard uses fire extinguishers that release powder to create these clouds of smoke. It is the fleeting actions produced by hidden extinguishers that he films and photographs. He recalls how he would initially steal fire extinguishers for the pleasure of setting them off on pieces of wasteland. “I like the fire extinguisher as an object. It is a vital object and an object of emergency — an object linked to safety standards that I use in the most useless way possible to create clouds of smoke.”[5] He likes the fact that we do not know how his clouds are generated, as if they could be natural and accidental phenomena: “I like people to see these films as romantic images.” Invading a site with a cloud of smoke creates a sense of obliteration, amnesia and endangerment of the landscape that is both beautiful and threatening, allowing part of it to be hidden or isolated from view: “It is an artist’s problem. It is not enough to represent a landscape in the state that it is. It needs to be ruined. In my films, the places are more important than the act and the actions underway there. They are portraits of places. I obliterate the landscape so as to be able to find it weakened by an act.”[6]

Real Remnants of Fictive War V is a tracking shot that pans a tree-filled landscape and runs over a balustrade from right to left, stopping before a flight of steps leading down towards an untended and neglected chateau estate. Smoke steals over a tree and then gradually disperses, leaving it white, powdered, as if wearing make-up. It has been marked out and its visibility enhanced: “To me, the beauty of the smoke’s expansion allows the onlooker to renew his vision of the scene once the smoke is whisked away.”[7] This action interrupts the passage of time, making it visible by creating a contaminated landscape. “Some of those who ask me how the smoke is generated realise that, behind the work, there exists a radical act that is completely anti-ecological. It is precisely this second level of interpretation that is of interest for me. I produce works whose formal beauty is merely a façade for illustrating much more subversive processes.”[8] The essence of Cyprien Gaillard’s output forges a moral emotion whereby a poetical act becomes a political site.

(Translation Susan Schneider)

[1] Robert Smithson, The Collected Writings, University of California Press, Berkley, 1996, p. 136

[2] Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, summer 2007

[3] Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, summer 2007

[4] Cyprien Gaillard, Territoires en expansion, Jeu de Paume extramural exhibition, Maison d’art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne, 2007. Our translation.

[5] Cyprien Gaillard, ETC N°85, March 2009. Our translation.

[6] Cyprien Gaillard, ETC N°85, March 2009. Our translation.

[7] Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, summer 2007

[8] Cyprien Gaillard, « Art Brut », Spray, February 2007

VERSION FRANÇAISE

La série Real Remnants of Fictive War est composée de 6 films dans lesquels des nuages de fumée se déploient dans une série de paysages : une banlieue (I), un tunnel (II), un paysage rural (III), une forêt au Vietnam (IV), un parc de château (V) et la Spiral Jetty (VI).

Le site de la Spiral Jetty était vu par Robert Smithson comme une ruine post-industrielle, un lieu lié à la science-fiction tel le vestige d’un futur qui serait notre antiquité : «The future is the past in reverse.» Cette spirale évoque une boucle temporelle et Smithson considère sa forme «comme un fragment cristallisé d’une rotation gyroscopique, comme une carte abstraite en trois dimensions»1 ou comme un cyclone immobile créant une sensation tournoyante sans mouvement. C’est un monument horizontal que Cyprien Gaillard «réveille» par une activité illégale dans Real Remnants of Fictive War VI. «Je célèbre le manque d’ordre, et s’il n’est pas déjà-là je le produis. Par exemple, j’ai vidé un extincteur volé à Salt Lake City sur la Spiral Jetty. C’est un acte de vandalisme sur ce qui est devenu un monument national. La photographie documente cette action et ce nouvel état naturel de la Spiral Jetty, une spirale dans la fumée.»2

Ici, de manière lente et progressive, un nuage fait perdre à un paysage sa physicalité, le dégrade et «l’affaiblit» pour qu’il puisse se révéler. Ceci l’unit à l’idée d’entropie pensée par Smithson pour la Spiral Jetty – qui n’en finit pas de surgir et de disparaître de l’eau rose et salée du lac. «Je crois réellement que le monde et la vie dans toutes ses formes, sont gouvernés selon les lois de l’entropie. Je célèbre ce principe de décomposition inéluctable, et d’une certaine manière j’accélère cela» dit Cyprien Gaillard.3 Par leur caractère entropique, les vestiges (du passé ou d’un futur imaginé) sont des vanités qui témoignent de l’effet du temps et fondent une géographie romanesque : la dégradation formule un paysage aux harmonies fragiles. Par l’entropie «on acquiert une perception plus claire de la réalité, débarrassée des prétentions habituelles relatives à la «pureté» et à l’ «idéalisme»», écrit Smithson. Dans ce sens, Cyprien Gaillard aime l’idée du «land art comme vandalisme» et cet esprit ««ruiniste» selon lequel il faut représenter un lieu détruit ou partiellement détruit pour le sublimer» : «Je ne vise ni le spectaculaire ni le divertissement mais une dimension qui met en danger un paysage sans le réduire à l’anecdote.»4

Cyprien Gaillard utilise des extincteurs à poudre pour créer ces nuages de fumée. Produits par des extincteurs cachés, ce sont des actions éphémères qu’il filme et photographie. Il rappelle qu’il a commencé par voler des extincteurs pour les vider dans des terrains vagues, par plaisir. «L’objet extincteur me plaît, c’est un objet vital, un objet de l’urgence, un objet lié à des normes de sécurité que j’utilise de la manière la plus inutile possible pour créer des nuages de fumée.»5 Il aime que l’on ne sache pas comment ses nuages sont générés, comme s’ils pouvaient être des phénomènes naturels accidentels : «J’aime que l’on voie ces films comme des images romantiques.» Envahir un lieu par un nuage de fumée crée un effacement, une amnésie et une mise en danger du paysage qui devient à la fois beau et menaçant. Cela permet de cacher, d’abstraire au regard une partie de celui-ci : «C’est une problématique de peintre. La représentation d’un paysage dans l’état où il est ne suffit pas. Il faut le ruiner. Dans mes films, les lieux sont plus importants que le geste et les actions en cours dans ceux-ci. Ce sont des portraits de lieux. J’efface le paysage pour pouvoir le retrouver fragilisé par un geste.»6

Real Remants of Fictive War V est un travelling qui balaie un paysage arboré, parcourt une balustrade, de droite à gauche, s’arrêtant devant un escalier dont les marches descendent vers le parc sauvage, abandonné d’un château. De la fumée envahit un arbre puis disparaît peu à peu le laissant blanc, poudré, maquillé. Il est marqué, sa visibilité est augmentée : «pour moi, la beauté de l’expansion de la fumée permet au spectateur de renouveler sa vision du paysage dès que la fumée est rabattue au loin.»7 Cette action est une interruption du cours du temps, le rendant visible, en créant un paysage infecté. «Parmi ceux qui me demandent comment la fumée est générée, certains s’aperçoivent que derrière l’œuvre, existe un acte radical qui est totalement anti-écologique. C’est précisément ce deuxième niveau de lecture qui m’intéresse. Je produis des œuvres dont la beauté formelle n’est qu’une façade pour illustrer des démarches bien plus subversives.»8 L’essence de la production de Cyprien Gaillard fonde une émotion morale qui permet au geste poétique d’être le lieu du politique.

1 Robert Smithson, The collected writings, University of California Press, Berkley, 1996, p. 136

2 Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, Été 2007

3 Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, Été 2007

4 Cyprien Gaillard, Territoires en expansion, Jeu de Paume hors les murs, Maison d’art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne, 2007

5 Cyprien Gaillard, ETC N°85, mars 2009

6 Cyprien Gaillard, ETC N°85, mars 2009

7 Cyprien Gaillard, Mousse Magazine, Été 2007

8 Cyprien Gaillard, « Art Brut », Spray, Février 2007

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Cyprien Gaillard
Real rem. of fictive wars VI, 2007
http://www.timotheechaillou.com/files/gimgs/94_cyprien-gaillard-real-remanants-of-fictive-was-v-2004.jpg
Cyprien Gaillard
Real rem. of fictive wars V, 2004