Stéphane Dafflon – B004
Technikart - Hors-série Biennale du Havre, 2008

L’identité visuelle de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, le design d’intérieur aux accents et excès minimal, le design produit ou web, le packaging et le graphisme ou le motion design, servent de point de départ, d’indices au travail de Stéphane Dafflon. Utiliser et créer des éléments graphiques pour élaborer un objet ou un logo permet à une marque d’être reconnaissable par le consommateur. Traiter formellement des informations est une simple stratégie marketing, un outil de communication. Stéphane Dafflon adapte ces méthodes de production à son vocabulaire plastique. Assisté de son ordinateur il récupère et archive tous ces éléments constituants notre « visuel commun » pour les modifier, leur donner une nouvelle utilité. Une marque et son logo lui servent de dessins préparatoires qui, une fois enregistrés sur son ordinateur, vont être modifiés, élagués, réduits à une forme générique. L’usage de formes issues de l’histoire du design et du graphisme est son moyen de production. L’artiste compose à l’aide d’outils informatiques, dont les logiciels offrent cette rapidité propre aux méthodes de production industrielle pour générer un lexique formel, une gamme d’effets à manipuler.

Un Dj utilise des logiciels de sampling et des séquenceurs. Partant d’un objet musical premier pour le travailler ou l’épurer, il lui crée une nouvelle identité. Stéphane Dafflon suit cette piste en travaillant avec des objets déjà formés et utilisés par d’autres (graphistes, peintres ou designers) pour leurs donner une seconde vie. Le travail de Stéphane Dafflon est le résultat d’un processus d’échantillonnage, de collage/découpage et de transformation dont il arrive parfois que l’on puisse reconnaître l’origine des motifs. Utiliser l’identité visuelle d’une entreprise, c’est tenter d’invoquer une politique économique, c’est évoquer les flux marchands, les actions financières, la politique du réseau et de la gestion administrative. En somme, c’est parler du grand capital. Mais le capitalisme libéral-démocratique est-il accepté ici comme étant la meilleure formule d’une société possible, plus juste et plus tolérante ? Et devons nous accepter innocemment la généralisation du système du capitalisme global ? Nous n’en saurons rien.

L’impact est une forme d’immédiateté et de souvenir. Les objets et peintures que produit Stéphane Dafflon ont tous comme principe formel premier, une efficacité visuelle maximale. En reprenant le vocabulaire de l’abstraction géométrique et du minimalisme, il explore les possibilités qu’offre la surface, le décor. L’effet visuel se calcule et se maîtrise. Le monde pictural de Stéphane Dafflon est artificiel, épuré, radical certes, mais sensiblement gai et optimiste.

Pour la Biennale du Havre, au cœur de la ville et plus précisément rue de Paris, Stéphane Dafflon fixe quatre banderoles qui s’agitent par le mouvement du vent et de la circulation. Dans le tracé, si maîtrisé et si quadrillé du réseau urbain, ces banderoles offrent de la souplesse à ce décor minimal aux lignes géométriques et fonctionnelles. Jaune, rouge, gris clair et gris foncé elles sont des fanions sans identité, sans promotion ; un simple décor festif sans discours. Si l’on observe la forme pleine de ces bandes colorées ont les décrit comme frangées ; et à l’inverse les formes vides ont l’apparence de celles d’un équaliseur, d’un graphique de modulateur d’amplitude ou plus simplement d’un objet visuel acoustique. Cette forme est utilisée à plusieurs reprises par Stéphane Dafflon. AST070 (2005) est une toile blanche, le haut de celle-ci est formé par une multitude de traits noirs dont chaque extrémité s’arrondit : des sortes de dégoulinures venues d’un jeu vidéo primaire. AST071 (2005) varie dans des tons de marrons et PM027 (2004) est une immense peinture murale reprenant ces barres mais dont l’identité devient celle d’un graphique de variation sonore ou d’un code barre déformé. Et c’est bien de déformation, d’élimination et d’effets optiques dont parle Stéphane Dafflon. Par simplification, répétition et permutation, il produit des formes primaires aux accents Op. En plus de cette économie de moyens et cette satisfaction de l’élimination, les effets optiques de l’Op art produisent des formes insaisissables, jamais fixes avec déformation de perspectives.

Le minimalisme ou l’Op art ayant été coopté par le design, l’architecture d’intérieur, la publicité ou la mode, le fait de récupérer les signes de ces industries permet à Stéphane Dafflon de donner une seconde chance à des modalités qui ont fuient dans le décor quotidien. C’est un rapt en boucle et un paradoxe : Le minimalisme est associé à nos lieux de vie, il se fond dans le décor, s’oublie, devient invisible et en même temps, par cet excès, il est hyper présent.

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Stephane Dafflon
B004, 2008